Mon ado est violent et m'insulte :
que faire ?
« On ne sait plus quoi faire. On a tout essayé, mais force est de constater que la situation nous échappe. On a besoin d'aide. »— M. et Mme R.
Quand ça dérape
Certains parents n'ont pas vu arriver la crise ou l'ont pressentie, mais ne pensaient pas que ça allait arriver à ce point-là. Ils savent bien qu'il y a un problème, mais ne voient pas lequel.
Je tiens surtout à souligner qu'il ne faut pas culpabiliser.
Et ça explose à un moment où l'adulte dit non, pour une bêtise, ou un sentiment de frustration qui couvait depuis longtemps. C'est la goutte d'eau, et ça explose.
La violence, ce n'est pas que physique. Elle commence souvent avant les coups : les insultes, l'intimidation, les gestes menaçants comme faire semblant de frapper, une bousculade.
Voici des situations que j’ai déjà accompagnées :
L'intimidation déguisée en jeu
Une maman m'a parlé de son fils de 14 ans, déjà 1m80, qui, soi-disant pour jouer, lui faisait des pichenettes sur le front. Elle manquait de repères : elle ne savait pas si c'était du jeu, de la complicité ou de l'intimidation. C'est la répétition qui a tout changé. En creusant, elle a fini par me dire : « Mais j'ai peur. » J'ai tout de suite dit stop.
La violence verbale
Un ado insultait sa mère avec des mots très crus, dégradants, en la fixant d'un regard menaçant.
La chambre et les écrans
Très souvent, ça se joue dans la chambre, quand l'ado a sa PS5 ou son PC. La maman veut aller le chercher, lui parler, lui dire quelque chose. Soit il l'évite : il ne la calcule même pas, et c'est déjà une forme de violence. Soit ça va plus loin : une maman m'a raconté que son fils l'avait poussée hors de sa chambre. Elle est tombée.
La violence physique
Une maman m'a appelée. Son ado avait 15 ans, il faisait déjà 1m85, il était carré, rugbyman. Elle était à l'étage, il ne s'est pas du tout écarté sur son passage, et pour un oui, pour un non, il l'a bousculée très fortement avec l'épaule droite.
Mieux vaut ne pas banaliser. Le risque, c'est l'escalade.
Pourquoi il fait ça ? Brièvement
À l'adolescence, s'opposer fait partie du chemin : c'est comme ça qu'un jeune construit sa place. Mais pour se sentir en sécurité, il a besoin de limites solides en face de lui.
Le plus souvent, la violence ne surgit pas du jour au lendemain. Elle s'installe peu à peu : une limite qui ne tient pas, puis une autre. L'ado pousse un peu plus loin à chaque fois, sans que personne ne l'ait vraiment voulu. Petit à petit, les places s'inversent, et c'est l'ado qui prend le dessus.
À cela s'ajoute un cerveau émotionnel encore en construction. Quand la frustration, la colère ou le sentiment d'injustice déborde, l'ado n'a souvent pas les mots, et les tensions s'accumulent.
Le comportement, c'est souvent la partie visible de l'iceberg. Les problèmes de comportement ne sont qu'un message à décoder.
Ce qu'il vaut mieux éviter en pleine crise
Si les parents cherchent à calmer, ou s'ils cherchent à se défendre, cela peut aggraver la situation.
Que faire, concrètement ?
Dans mes accompagnements, je mets en place avec les parents un protocole de conflit, pour savoir comment réagir : l'échelle du conflit. Sans entrer dans le détail, voici quelques premiers repères.
Ce que 27 ans d'expérience m'ont appris
En 13 ans de famille d'accueil, j'ai accueilli plus d'une centaine de jeunes. Tous n'étaient pas violents, mais j'ai vécu avec et accompagné des jeunes de 13 à 20 ans extrêmement violents physiquement, avec des crises extrêmes à gérer à la maison.
La première fois, c'est toujours impressionnant. Je n'ai pas compris tout de suite. C'est en faisant un vrai cheminement sur moi, sur mes émotions, et en me faisant accompagner moi aussi, que j'ai compris que c'était le plus souvent l'expression d'une grande détresse, d'une grande souffrance. L'idée serait de réussir à voir au-delà de cette violence, même si c'est très difficile à vivre, très compliqué.
L'idée serait de remonter un petit peu en arrière dans l'histoire, voire beaucoup pour certains, pour comprendre l'origine, et donc la problématique.
Les mots, les insultes, ne sont pas toujours dirigés vers le parent. Là aussi, ils sont l'expression d'une souffrance. J'ai été insultée, et parfois bien plus que ça. Quand j'ai compris que cela ne m'était pas destiné, à moi, Emmanuelle, à ma personnalité, j'ai pris beaucoup de distance et de recul avec ce genre de situation et ces jeunes en grand mal-être. Cela m'a permis de prendre de la hauteur et de gérer ces situations avec lucidité.
La violence est une forme d'expression à son paroxysme.
La violence verbale, la violence physique, ce n'est jamais acceptable. C'est un non-négociable en famille.
Si on observe une alcoolisation, une prise de substances comme le cannabis, un accompagnement médical est indispensable.
Il est très difficile pour un parent de rester seul face à ces situations. Protéger la fratrie, les autres membres de la famille, est une nécessité. Et éventuellement, se faire accompagner par un professionnel.
Là, le dialogue ne suffit plus : il devient important d'agir. Quand la première violence verbale arrive, ou les premiers coups, que ce soit physiquement, sur lui-même, dans la chambre ou sur une porte, il est important de réagir.
Comment j'accompagne les parents et les jeunes
Mon approche est systémique : je regarde la place et le rôle de chacun dans la famille, pas seulement le comportement de l'ado.
Au téléphone, je questionne. Je fais une anamnèse rapide : je demande ce qui s'est passé précisément, la configuration familiale, depuis quand ça dure, quel a été l'événement majeur d'après le parent, l'âge de l'ado ou du pré-ado.
J'essaie d'analyser rapidement la dynamique familiale et de comprendre où se situe le nœud du problème, pour trouver des solutions.
Le premier pas n'est pas facile. Ensuite, on construit un accompagnement en fonction de la situation pour retrouver du lien et une dynamique familiale stable.
Questions fréquentes
Et si mon ado refuse de participer à l'accompagnement ?
Il n'y a pas de problème. J'accompagne les parents qui, en ajustant leur posture, leur positionnement, la place et le rôle de chacun, peuvent déjà faire beaucoup. On change le cadre, certaines habitudes, et la stratégie relationnelle.
Est-ce qu'il est trop tard ?
Non. La situation n'est jamais figée, jamais. Il y a du chemin à faire, c'est sûr, et il va falloir un peu de temps. Mais dans les situations relationnelles, rien n'est jamais figé. On peut retrouver une connexion et un lien.
Un accompagnement n'est pas magique. Ça demande du temps, de l'engagement et de la patience. Mais ensemble, on peut transformer la situation pour retrouver du lien.
Si vous ne vous sentez pas en sécurité, vous pouvez appeler les pompiers ou la police.
